STRESS ET MALADIES CARDIOVASCULAIRES
- Romain LHOSTE
%20web.jpg/v1/fill/w_320,h_320/file.jpg)
- 9 janv.
- 10 min de lecture
Dernière mise à jour : 11 janv.
Dans deux enquêtes récentes d’OpinionWay (2017 et 2025), 9 français sur 10 disent éprouver du stress.
Ce chiffre est d’ailleurs en augmentation, avec 88 % de personnes stressées en 2017 contre 92 % en 2025.
Il est maintenant clairement démontré que le stress contribue au risque de développer une maladie cardiovasculaire, et notamment une maladie coronarienne.
Le stress participe également à l’aggravation du pronostic chez les personnes déjà porteuses d’une maladie cardiaque.
Les causes du stress sont multiples :
Les événements de la vie : deuil, séparation, déménagement, perte d’emploi, les contrariétés diverses et variées, les exigences au travail souvent associées au manque de considération, les problèmes financiers, les relations de couple et familiales, l’éco-anxiété, l’avenir des enfants, le stress aigu…
En ce qui concerne les maladies cardiaques, il est important de décrire les mécanismes du stress, mais également de distinguer deux types de stress : le stress chronique et le stress aigu.

LES MÉCANISMES DU STRESS
Le stress n’est pas mauvais en soi, il a même été essentiel à notre évolution et surtout à notre survie. Il est donc aujourd’hui encore essentiel pour nous préserver d’un danger. Par exemple, je traverse la route et j’entends un bruit « anormal », tous mes sens sont activés en une fraction de seconde.
C’est le système sympathique qui s’active et met l’organisme en alerte. C’est l’attaque ou la fuite pour faire face à un danger immédiat.
Augmentation du rythme cardiaque, augmentation du rythme respiratoire, augmentation de la pression artérielle, dilatation des pupilles (pour augmenter la vision périphérique), mise en pause du système digestif et j’en passe… Alerte, stress, hypervigilance.
Cette activation immédiate est liée à la libération d’une hormone (également neurotransmetteur) produite par les glandes surrénales : l’adrénaline.
Son action diminue assez rapidement, l’activation qu’elle provoque n’est pas tenable longtemps pour l’organisme.
Si le danger persiste, c’est une autre hormone qui prend le relais : le cortisol, également produit par les glandes surrénales (la partie externe). Son effet est moins puissant, mais plus durable dans le temps. Et c’est lui qui pose problème.
Non pas qu’il soit inutile, mais l’environnement « moderne » dans lequel nous évoluons maintient ce niveau d’alerte de manière quasi permanente (activités multiples, agenda surchargé, mails, SMS, réseaux sociaux, publicités, radio, podcasts, télévision, interactions sociales, transports, famille, travail !!!).
C’est celui qui nous intéresse dans le cas des maladies chroniques et cardiovasculaires (distress), le mauvais stress.
Alors quelle en sont les effets sur l’organisme ?
Le stress chronique
C’est le stress au travail qui a été essentiellement étudié en cardiologie.
Le stress professionnel est le type de stress qui a montré le niveau le plus élevé comme facteur de risque cardiovasculaire.
Au travail, un manque de considération, des objectifs mal définis, l’insuffisance d’informations, l’indifférence de la hiérarchie, l’impression d’une absence de reconnaissance quel que soit l’effort fourni sont de réels facteurs de stress chronique !
Selon la dernière enquête sur la qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) des salariés du cabinet Qualisocial, publiée jeudi 18 janvier 2024, près d’un salarié sur deux (49 %) est soumis à un niveau de stress élevé.
Les symptômes du stress chronique :
Troubles de la vigilance, fatigue, endormissement diurne, insomnies nocturnes… irritabilité, manque d’énergie et de moral… douleurs à la poitrine, à l’estomac, au ventre… troubles de l’appétit et de la digestion… éruptions cutanées…
Le stress aigu
Le stress aigu s’accompagne généralement d’une émotion particulièrement forte et brutale. Il peut être causé par une circonstance exceptionnelle, comme le décès d’une personne chère, un accident, un attentat, une catastrophe naturelle comme un tremblement de terre.
Après le décès d’une personne chère, le risque d’infarctus est multiplié par 21. La survenue brutale d’un accès de colère est le facteur déclenchant le plus nocif du stress aigu, pouvant multiplier le risque d’infarctus par 15 !
Il est à noter que le stress chronique ne favorisera pas une bonne stabilité émotionnelle et créera le terrain idéal pour des épisodes de stress aigu.
Foot et Stress…
Lors de la Coupe du monde de football 2006 en Allemagne, le taux d’infarctus des téléspectateurs allemands a été multiplié par près de trois les soirs de match de l’équipe nationale !!!
Les symptômes du stress aigu :
Crampes, tremblements, essoufflement, sueurs, palpitations, angoisse, sensation de panique…

QUELS SONT LES EFFETS DU STRESS SUR LE CŒUR ?
(Source Fédération française de cardiologie)
La maladie coronaire
Les mécanismes d’action du stress en cardiologie sont nombreux et concourent à l’apparition d’une dysfonction de l’endothélium vasculaire et de la maladie athéromateuse, tant au niveau des coronaires que des artères périphériques :
- Activation de l’inflammation
- Troubles de la coagulation sanguine
- Sécrétion de catécholamines
- Déséquilibre de la balance sympathique/parasympathique responsable d’une altération de la fréquence cardiaque (variabilité sinusale)
- Le stress agit sur de nombreux facteurs de risque de la maladie athéromateuse : intoxication tabagique, augmentation du taux de cholestérol, hypertension artérielle, surcharge pondérale et obésité, survenue d’un diabète, déstabilisation d’une HTA ou d’un diabète, diminution de l’activité physique et sédentarité
- Le stress diminue l’observance médicamenteuse et favorise la survenue d’un évènement cardiovasculaire.
L’insuffisance cardiaque
Le syndrome d’épuisement et la dépression jouent un rôle important à la fois comme facteur déclenchant d’un épisode d’insuffisance cardiaque et comme facteur aggravant. Sur le plan physiopathologique, syndrome d’épuisement et dépression induisent une activation de l’inflammation mais également une mauvaise observance médicamenteuse, expliquant l’augmentation du nombre d’hospitalisations associée à une altération de la qualité de vie.
Les troubles du rythme et la mort subite
C’est la colère favorisée par le stress qui est le plus à risque d’induire un trouble du rythme. La fibrillation atriale est surtout déclenchée par un stress aigu. Des troubles du rythme ventriculaire peuvent être déclenchés par un stress aigu mais aussi par un stress chronique au travail notamment chez des personnes à risque (syndrome du QT long).
Thrombose veineuse et embolie pulmonaire
Le risque de thrombose veineuse et d’embolie pulmonaire est augmenté par le stress au travail et cela d’autant plus que le niveau socioéconomique du travailleur est bas.
LE STRESS AIGU : UN RISQUE D’ARRÊT CARDIAQUE
Un stress aigu peut déclencher une émotion intense, avec plusieurs conséquences physiques :
- La fréquence cardiaque s’accélère
- La pression artérielle augmente
- Les artères coronaires se rétrécissent (spasme coronaire)
- Le volume sanguin diminue
- Le sang a tendance à coaguler plus facilement
Cela peut déclencher :
- Un infarctus du myocarde
- Une angine de poitrine
- Un trouble du rythme cardiaque, fibrillation atriale ou troubles du rythme ventriculaire
- Une thrombose veineuse et/ou une embolie pulmonaire (formation de caillots de sang dans les artères des poumons).
Il existe alors un risque d’arrêt cardiaque (mort subite). On estime que 20 à 40 % des morts subites sont déclenchées par un stress aigu.
Les circonstances qui déclenchent un infarctus du myocarde :
Les circonstances liées au stress :
- Exercice physique violent,
- Activité sexuelle,
- Colère, émotions négatives ou positives,
- Tremblements de terre, Coupe du monde de football, guerres, actes de terrorisme…
Les circonstances liées au comportement alimentaire et aux drogues :
- Tabac
- Hyper- alcoolisations
- Café, thé
- Repas lourds
- Cocaïne, cannabis…
Les circonstances liées à l’environnement et au climat :
- Exposition au trafic routier,
- Pollution de l’air,
- Pollution sonore,
- Température inférieure à - 5 °C ou supérieure à + 30 °C
Un cas particulier, le Tako-tsubo (syndrome du cœur brisé)
Ce n’est pas un infarctus, c’est la conséquence d’un stress majeur, le plus souvent chez la femme. Les signes sont ceux d’un syndrome coronaire, mais la coronarographie est pourtant normale.
Lors du tremblement de terre de Niigata en 1964, une étude japonaise a démontré que les cas de Tako-tsubo ont été multipliés par 24 dans la région proche de l’épicentre.
Le stress chronique a une influence négative sur les facteurs de risque cardiovasculaire
- L’hypertension artérielle
On remarque une augmentation de la pression artérielle chez une personne exposée à un stress.
- Le cholestérol
Le stress provoque des modifications lipidiques. Le mauvais cholestérol (LDL) monte, le bon (HDL) diminue.
Cela, pour toutes les tranches d’âge et toutes les classes socio‑économiques.
- L’obésité
Le stress favorise le syndrome métabolique, qui associe une obésité abdominale, des troubles de la glycémie, une résistance à l’insuline, une hypertension artérielle, un excès de mauvais cholestérol, une coagulation trop importante du sang.
- Le diabète
Il n’est pas directement causé par le stress mais son équilibre et ses complications sont influencés par le stress et l’anxiété.
- Le tabac
Le stress incite à fumer davantage, en donnant l’illusion d’un moment de détente, l’arrêt du tabac devient plus difficile, car il augmente le stress et l’anxiété… Il existe un cercle vicieux de cause et de conséquence entre le stress et le tabac…
- La sédentarité
La sédentarité et le manque d’activité physique aggravent les effets du stress… et rendent plus sédentaire !!!
Elle affaiblit le système cardiovasculaire, le système immunitaire mais elle favorise également l’obésité et la survenue de cancer… 30 % pourraient être évités par l’activité physique (Étude européenne, Centre Léon Bérard 2016).
- La maladie cardiovasculaire
La plupart des patients victimes d’un problème cardiaque sont déstabilisés sur le plan psychique : 30 % deviennent anxieux, 15 à 30 % selon la pathologie cardiaque incriminée développent un stress post-traumatique, enfin 20 % développent une dépression.

MAINTENANT COMMENT COMBATTRE, ÉLIMINER OU RÉDUIRE LE STRESS
L’anti-stress le plus puissant : LE SPORT
L’OMS dans ces recommandations pour rester en bonne santé préconise une activité physique, quotidienne, de 35 min pour un adulte et 55 min pour un enfant.
Il s’agit là de recommandations pour maintenir un état de santé « neutre ». En d’autres termes si ce minimum n’est pas atteint quotidiennement la personne sera, un jour, en mauvaise santé.
Des chiffres édifiants ; l’espérance de vie en bonne santé est de 63 ans (DRESS 2016 - 64,1 pour les F 62,7 et pour les H) pour une espérance de vie totale de 82 ans (INSEE 2018 - 85,3 pour les F et 79,4 pour les H).
En moyenne les français passent leurs 20 dernières années de vie malades ou en mauvaise santé !!!
Au vu de l’aggravation de la situation : santé mentale des dernières générations, hyperactivité permanente, société anxiogène (la liste serrait bien trop longue) … je considère que ces préconisations ne permettent pas de combler le déséquilibre généré par notre mode de vie occidental (stress, sédentarité, manque de sommeil, alimentation, environnement).
Pour ma part, en tant qu’ancien formateur d’éducateur sportif, il me parait absolument essentiel de distinguer activité physique et activité sportive.
En effet si l’activité physique est indispensable à un bon équilibre global, je considère qu’elle est insuffisante pour contrer les multiples effets nuisibles du stress. Pour les contrer il faut, en plus, avoir une activité sportive d’un minimum de 3 h par semaine. C’est-à-dire des activités, au seuil aérobie modéré à intensité élevée ainsi que du renforcement musculaire. Je ne détaillerai pas ici le contenu ou le type d’exercice mais la course à pied (route ou trail), le vélo (route, VTT), la natation fond partie des sports à privilégier.
Enfin, et c’est pour cela que le sport est si important, il agit à plusieurs niveaux comme anti-stress (endorphine, dopamine…) mais il participe également au renforcement du système cardiovasculaire, du système immunitaire et réduit significativement les risques de cancer. Des études expérimentales ont montré que les muscles sont capables de produire des substances appelées myokines ayant une action antitumorale dans le cadre des cancers du côlon et du sein, avec une réduction de 30 % de leur apparition. (Etude européenne, Centre Léon Bérard 2016).
Mais le sport, à lui seul, ne suffit pas, il est indispensable d’avoir d’autres outils de gestion du stress.
Quelles sont les mécanismes mis en œuvre lors d’une bonne gestion du stress :
Là encore, il s’agit de mécanismes qui activent hormones et neurotransmetteurs, et qui ont un effet inhibiteur sur l’hormone la plus impliquée dans les mécanismes du stress chronique : le cortisol.
Je vous invite à vous référer à mon article sur la cohérence cardiaque pour avoir plus d’éléments sur ces processus inhibiteurs. Le principe consiste à rééquilibrer le système nerveux autonome (sympathique/parasympathique).

- La respiration
Absolument essentielle et pourtant ignorée (en occident) la respiration est primordiale dans notre équilibre global.
La respiration a des vertus insoupçonnées, pourtant, aucun enseignement n’est dispensé à son égard. Néanmoins la respiration va bien au-delà des « simples » échanges gazeux (oxygène/CO2), elle participe par exemple à l’équilibre acidobasique ou encore au transit intestinal et même à l’activation cognitive dans le processus de mémorisation !!! Dans la majorité des cultures orientales elle est synonyme de circulation d’énergie, le Chi pour les chinois le Ki pour les Japonais….
- La relaxation
La relaxation neuromusculaire, théorisée par le médecin américain Edmund Jacobson, repose sur le principe de l'influence du contrôle somatique sur la réponse psychique, le relâchement musculaire aboutissant à la détente mentale.
En 1928, Jacobson constate que les émotions, mais aussi les activités mentales les plus neutres, s'accompagnent de modifications des tracés myographiques, révélant la présence d'une impulsion électrique vers les muscles, souvent trop faible pour mettre en œuvre le mouvement, mais suffisante pour activer le schéma nerveux.
Pour résumer plus la relaxation musculaire (physique) est profonde plus la relaxation psychique est profonde… CQFD.

- La méditation
Le calme de l’esprit… Si vous prenez le temps d’observer vos pensées vous constaterez certainement qu’elles se situent essentiellement dans le passé ou dans le futur. L’homme est une espèce a part, il a la capacité d’abstraction.
Mais comme pour le reste aucun enseignement n’est dispensé pour apprendre à gérer cette capacité, elle est donc, très souvent, source d’espoir, de désillusion, d’attentes excessives, bref de pure projection de l’esprit et au final, de stress.
La méditation c’est l’instant présent, ici et maintenant. On laisse filer les pensées (les projections) sans s’y attarder, sans s’y attacher. En entraînant son esprit à « être présent » ici et maintenant il s’éloigne progressivement des sources de stress construites par nos multiples et incessantes représentations projectives et abstraites.
- La cohérence cardiaque
Technique extrêmement simple qui n’a d’égal que son extrême efficacité.
Le principe consiste, 3 fois par jour, en une respiration contrôlée de 6 respirations par minute, soit 5 secondes d’inspiration et 5 secondes d’expiration, pendant 5 minutes. C’est le 3.6.5. Cette pratique a pour effets de « rééquilibrer » le système nerveux autonome en favorisant le système parasympathique (DHEA, ocytocine…).
Vous trouverez ici un article complet dédié à la cohérence cardiaque
- La Sophrologie
Du grec sôs, harmonie, phrên, conscience, esprit, logos, étude, science c’est littéralement la science de l’harmonisation de la conscience.
Créée par le Docteur Alfonso Caycedo, neuropsychiatre, cette méthode thérapeutique, psycho-corporelle (exclusivement verbale et non tactile) s’est inspirée d’une dizaine de techniques occidentales (psychologie, neurologie, psychanalyse) mais également orientales (méditation zen, bouddhisme, yoga).
Elle favorise une « reconnexion » entre le corps et l’esprit. Pour le Dr Caycedo la sophrologie va plus loin qu’un « simple » outil thérapeutique ; il la voyait comme une philosophie de vie. Je partage totalement cette idée qui pour moi relève du bon sens, on ne peut pas, « être en harmonie » uniquement 1h par semaine dans le cabinet du sophrologue…
Faire ce que l’on dit, dire ce que l’on fait et (surtout) savoir pourquoi on le fait… c’est être congruent, en accord avec soi-même, en harmonie. Cela requiert un engagement plus profond, un élargissement de notre champ de perception, de pensée, de compréhension des choses et des phénomènes… Une vraie philosophie de vie.
Pour conclure, cette méthode est particulièrement intéressante car elle tend à rendre la personne autonome, avec notamment des exercices à pratiquer chez soi, qui ont pour effets d’amplifier et de rendre les changements durables.
Maintenant à vous de jouer, et n’hésitez surtout pas à me contacter pour plus d’informations sur la meilleure façon de gérer votre stress.
Romain LHOSTE
Sophrologue - spécialiste en gestion du stress





Commentaires